8. La chanson du petit éléphant bleu



Là-bas, les deux fesséniens qui gardent Poupie et Dagobert se sont mis à jouer au " plumeux " pour passer le temps. C’est un jeu très répandu en Fessénie. Il suffit d'un jeu de cartes. Chaque joueur dispose d'un certain nombre de cartes et doit ensuite en poser une sur la table. Celui qui a sorti la plus forte, doit tirer une plume du corps de son adversaire. L'un des deux gardiens ressemble d'ailleurs plus à un poulet prêt à rôtir qu'à un soldat de la Fessénie, mais il se moque bien de perdre ses plumes car elles repoussent très vite.

Dans leur prison d'acier, Poupie et Dagobert commencent vraiment à perdre patience. Poupie, réveillée par le départ des fesséniens pense à sa maman. Quant à Dagobert, il bout intérieurement, songeant à son peuple qui va devoir se battre sans lui.

- Papa, dit Poupie, penses-tu qu'ils ont envoyé quelqu'un pour nous délivrer ?
- Je ne sais pas, ma chérie, peut-être ! répond le roi, abattu.
- Alors, j'ai une idée !… je vais chanter pour qu'ils sachent où nous nous trouvons !
- Mais ils ne t'entendrons pas, ma Poupie, tu as vu l'épaisseur de ces murs !
- Je vais chanter quand même ! décide Poupie.

Alors elle entonne une chanson que lui a apprise sa maman :

« Le temps était doux et sucré
Comme les joues d'un gros bébé.
Et le petit éléphant bleu
Courait, alerte et bienheureux
Entre les herbes de la savane
A la recherche d'une banane.
Joyeux et gai comme un enfant,
Sa trompe tournicotait au vent »


Malgré tous ses déboires, le roi Dagobert sourit, attendri par la chanson de sa petite fille. Cependant, Poupie est bientôt interrompue par d'atroces cris venant de la salle voisine.

- Que se passe-t-il, papa, ces cris sont horribles!… J'ai mal aux oreilles !
- Je l'ignore, ma chérie, ne bougeons pas, et attendons.

A cet instant, la fermeture éclair de la porte glisse rapidement et les deux gardiens apparaissent, la mine défaite et les ailes repliées sur leurs deux oreilles.

- Cesse de chanter, petite peste ! crie le plus déplumé des deux.
- Pourquoi? je ne chante pourtant pas faux ! dit Poupie, vexée.
- Chante, Poupie, chante, ne t'arrête pas! lance Dagobert.

Et Poupie reprend sa chanson de plus belle. A sa grande surprise, les deux gardiens hurlent en se bouchant les oreilles. Ils se tordent dans tous les sens, implorant sa pitié. Poupie comprend bien vite que son chant leur est insupportable, alors, elle redouble d'intensité. Elle chante de plus en plus fort si bien que maintenant les deux fesséniens sont à terre, secoués de soubresauts. De leurs becs, sort une bave épaisse et blanche comme de la crème chantilly moisie. Bientôt, ils ferment les yeux et s'affalent devant Poupie et Dagobert. Après quelques secondes de silence, les deux prisonniers réalisent que leurs gardiens sont vraiment évanouis.

- Poupie! On les a eus! Ton chant les a terrassés! C'est ça notre arme!continuons Poupie, il y a peut-être d'autres fesséniens dehors et puis, si nos amis viennent nous délivrer, cela les guidera sûrement vers nous!
- Youpi! Allez, papa chante avec moi!

Alors ragaillardis, le Roi et sa fille reprennent à pleine gorge la chanson du petit éléphant bleu.

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