Totor
Les quatre amis n’en mènent pas large. Leurs genoux tremblotent sous le souffle de la peur et l’intérieur de leur bouche est devenu très sec. Mais leur volonté de sauver leur amie Poupie et leur bon Roi est plus fort que leur crainte. Alors, courageux, ils poursuivent. Pour accéder à cette porte, il leur faut gravir un long escalier de fer. Sur la pointe des pieds, tout doucement, prudemment, ils s’y engagent. Arrivés à cinq marches de la porte, ils s'arrêtent brusquement, étonnés de trouver devant eux, scellée à cette ouverture, une grande chaise d'acier. Aucune poignée ne se présente à eux et ils se demandent bien comment ils vont faire pour pénétrer dans le fessonaute. Cette chaise les toise comme un féroce chien de garde, et puis brusquement, elle se met à parler d’une grosse voix métallique :
- Ah! Ah! Mes gaillards, sachez que je trône et veille sur cette porte comme un Sphinx que personne ne pourra jamais vaincre! Allez! Essayez! Cherchez! Bandes de petits doudouniens impuissants et stupides!
Totor, Boba, Bobu et Bobo effrayés par cette méchante chaise parlante reculent, tombent et se retrouvent amoncelés les uns sur les autres, au bas des marches de l’engin en poussant des cris d‘horreur. Puis là, comme sur une photo, plus rien ne bouge. On n’entend même pas leur souffle qui semble s’être subitement bloqué dans leur bouche. Tous les quatre sont mêlés et chacune de leur bouille ronde exprime la terreur. Cet arrêt sur image dure longtemps, le temps peut-être pour un plouf de traverser la rivière l’O dans toute sa largeur! Le temps aussi que leur petit cœur se rappelle qu’il faut battre pour poursuivre leur mission!
Et tout à coup, ça y est! Les voilà qui remuent, qui se déficellent les uns des autres et qui se redressent! Bobo pleure en laissant tomber de gros sanglots que les bras encore tremblant de Boba et Bobu recueillent en tentant de le rassurer. Totor aussi sort de la photo et bien qu’encore secoué lui aussi, les entoure de mots qui consolent:
- Ne vous en faites pas mes amis! On n’a pas dit notre dernier mot et ce n’est pas une ridicule chaise en fer qui parle qui va nous arrêter! On est plus fort que ça, non? On est si près du but! Allez! courage!
L’amitié et la voix calme de Totor apaisent les triplés et surtout Bobo dont les joues rosies par ses pleurs avalent ses larmes goutte à goutte. Alors ils se décollent et en silence, les mains derrière le dos et la tête penchée vers le sol, se mettent à marcher de long en large pour mieux s’aider à trouver une solution. Soudain, curieusement, c’est Bobo qui rompt le silence :
- Hé! Les amis! Je sais! C'est tout simple !… suffit peut-être de s'asseoir sur la chaise pour que la porte s'ouvre!
- Pas bête! reprend Boba
- Bien sûr! C’est sûrement ça! ajoute Bobu
- Bon d'accord, dit Totor, on remonte! Allez, courage! Une fois là-haut Boba, tu me feras la courte échelle et tu m’aideras à grimper dessus.
De nouveau, les quatre amis gravissent l’escalier bien décidés cette fois-ci à ne pas se laisser impressionner par cette vilaine gardienne de porte. Arrivés à la cinquième marche, ils s’arrêtent comme la première fois, mais leur cœur, même s’il bat vite est empli de force et de détermination prêt à affronter le sphinx d’acier.
-Ah! Ah! Vous voilà de nouveau petits microbes! Vous ne doutez de rien à ce que je vois! Vous voulez m’affronter? Très bien! On va voir ce qu’on va voir! Allez, approchez! Venez , venez mes petits! lance le siège de fer de sa grosse voix de robot. Les quatre garçons ne bronchent pas. Seul Bobo recule discrètement d’une marche.Puis Totor, qui se trouve en tête, se tourne lentement vers les autres en leur chuchotant son plan:
- quand je dis Go! On s’approche de la chaise! Boba, on fait comme on a dit, tu me soulèves et je m’assois dessus, d’ac?
- D’ac! répondent en murmurant les triplés
Mais aussitôt, Bobo ajoute tout bas :
- euh… je crois qu'il vaut mieux que quelqu'un reste dehors pour surveiller… on ne sait jamais, les autres peuvent revenir !… je… je vais rester là, comme ça, je pourrai vous avertir.
- Bon d’accord, répond Totor… Attention! Vous êtes prêts? GO!!
D’un bond, d’un seul, Totor, Boba et Bobu se ruent vers la chaise qui se tord et se distend comme un chewing-gum dans tous les sens, de manière à ce que les garçons ne puissent pas grimper sur elle. A plusieurs reprises, Totor glisse sur la marche mais il s’accroche et tente de remonter. Boba et Bobu tiennent bon et l’aident à se hisser. La méchante chaise rit et grogne comme un ours en colère.
Bobo qui est redescendu les encourage du bas de l’escalier;
- Vas-y Totor! Tu vas l’avoir! Bobu attrape les pieds de la chaise et coince-la! Boba soulève Totor! Allez, vous allez y arriver!!!
C’est un vrai combat qui se tient là-haut! La chaise se débat et résiste. Elle pousse des cris de bête en furie pour les effrayer. Mais les garçons ne cèdent pas, ils sont déterminés. Enfin, Totor parvient à s’accrocher au rebord de la chaise qui continue à se déformer pour qu’il tombe, mais il s’agrippe et finit par s’asseoir sur elle. Là subitement, tout se fige. La gardienne ne bouge plus, comme vaincue. Puis Totor sent sous ses fesses, un déclic, et lentement la porte s'ouvre. Boba et Bobu reculent et Totor, d'un bond, saute sur la première marche du fessonaute. De l‘entrée, ils peuvent voir un long couloir dont les murs semblent recouverts d’écailles d’huîtres. Bizarrement, ils n'entendent plus la voix de Poupie, mais téméraires, ils décident de poursuivre. Silencieux et prudents, ils s’y engagent alors.

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