6. Les Fesseniens se préparent


Du côté des fesséniens, Fessor a rassemblé son peuple. Ils ont tous les pattes dans le sable, mais leur tête pend dans le vide. Cette position ne leur est pas très agréable car le sang leur descend en abondance dans le cerveau. A cause de cela, les fesséniens ne comprennent pas ce que leur dit Fessor. Autour d'eux, se dressent les quatre fessonautes dans lesquels ils ont débarqué. Et c'est dans l'un de ces engins que Poupie et son papa ont été emprisonnés.

Poupie, réveillée depuis un bon moment, est heureuse et vraiment rassurée de retrouver son papa et de savoir Totor hors de danger. Attachés solidement l'un à côté de l'autre à deux grosses carcasses de tortues transformées en fauteuils, ils cherchent un moyen de s'évader. Mais leurs mains et leurs pieds ont été liés par d'épaisses lianes tressées et il leur est impossible de s'en défaire.

Tout comme les fesséniens, leur tête est à l'envers, mais cela ne les gêne pas beaucoup, parce que depuis toujours, les doudouniens ont un sang très léger et très fluide. Cela vient du fait que tous les matins au réveil, ils boivent un grand bol de tisane au persil. Ainsi, Poupie et Dagobert n'ont pas le cerveau lourd et encombré comme les Fesséniens.

- J'espère que Gaétan a bien compris que je faisais semblant de dormir, dit le roi, et qu'il a réussi à avertir notre peuple pour qu'il se prépare à une éventuelle attaque de ces ridicules volatiles !
- J'en suis sûre, papa chéri, et puis maman est sur place, comme d'habitude, elle saura ce qu'il faut faire ! Ne t'inquiète pas, mon petit roi !
- Tu es mignonne d'essayer de me rassurer, et tu as raison, il ne faut pas perdre confiance ! Le plus urgent pour l'instant est de trouver un moyen de sortir d'ici ! Mais comment rompre nos liens ?
- Oh oui, comment ?… Ils sont si serrés que je ne sens plus mes mains ni mes pieds !
- Tu es très courageuse, mais sois patiente, nous allons trouver !… laisse-moi réfléchir, ma Poupie.

La pièce où ils sont détenus est petite et sans fenêtre. Sur les murs en acier, pendent çà et là de bizarres tubes de métal qui ressemblent à de gros vers de terre. Dans un des coins est fixée une espèce de caméra sophistiquée, et dans un autre, jaillit un haut-parleur en forme d'énormes lèvres rouges. Sur le sol, s'étale un carrelage fait de coquilles d'huîtres et de moules. Derrière Poupie et Dagobert, souffle une brise qui sort d'un nez de fer blanc et crochu. Quant à la porte, elle est large et épaisse, avec, sur un côté, une grande fermeture éclair.

Dagobert a beau chercher une solution pour s'échapper de cette cage d'acier, il ne trouve pas. Et, lui, qui jusqu'alors a toujours été calme, commence à s'énerver. Il gesticule dans tous les sens, se contorsionnant sur son siège, tire sur ses liens, remue la tête, les jambes, les bras, et transpire abondamment. Poupie ne voit pas son papa dans cet état, car elle s'est tranquillement endormie, fatiguée de toutes ces émotions.

Dans la pièce voisine, se trouvent deux fesséniens assis devant un écran de télévision sur lequel on peut voir Poupie et Dagobert. Dehors, Fessor s'arrache les plumes devant la bêtise grandissante de ses guerriers. Plus le temps passe, moins les fesséniens comprennent ce qu'il dit. Leurs plumes vertes et leurs cheveux oranges pendent dans le vide et leur visage passe du rouge au bleu à force de recevoir en masse tout le sang de leurs corps.

Après avoir répété plusieurs fois les mêmes phrases, Fessor, épuisé, demande à Martinos, son second, de prendre la relève. Il constate bien vite qu'il est aussi bête que les autres.
- Ecoutez ! dit-il, dès que nous aurons cerné la Doudounie, nous fesserons leurs yeux et nous leur donnerons de grands coups de regards !
- Mais non, espèce d'abruti ! reprend Fessor excédé, nous ouvrirons nos yeux et nous leur donnerons des fessées! ça n'est quand même pas compliqué à comprendre ! Ah, la la ! quel peuple d'imbéciles! et dire que je suis leur chef !… Bon, Martinos, retourne à ta place ! Je vais essayer de vous montrer pour la dernière fois comment nous allons nous y prendre !

Et Fessor qui commence aussi à être exténué par cette inconfortable position se met à nouveau à leur expliquer ce qu'ils doivent faire. Constatant qu'ils ne comprennent toujours rien, il fait amener un tableau noir d'un fessonaute pour leur faire un dessin. Hélas, même le dessin ne leur permet pas de saisir les directives pourtant très simples de Fessor.

Hébété devant son peuple devenu stupide, Fessor, découragé, se met à pleurer très fort et à se lamenter sur son sort.
- Pauvre moi ! dit-il, pourquoi est-ce à moi que cela arrive? je suis le chef de rien, le chef d'un tas de plumes, le chef d'un amas de cervelles vides! Ah ! si mon pauvre père, Fessor Premier me voyait, il me répudierait, c'est sûr ! … Par Sainte Fessée, j'ai honte, oh que j'ai honte ! Bouh… bouh… bouh…
Attendri par la peine et le désarroi de son chef, Martinos vient s'accroupir près de lui et pose son aile sur son épaule.
- Pauvre Fessor, ne pleure pas ! Tu es un bon chef, tu sais, tu…
Surpris, gêné et surtout blessé dans son orgueil, Fessor se redresse aussitôt, et autoritaire, déclare :
- Bon, euh… ça suffit! Préparez-vous quand même, on va partir! Les deux gardiens resteront dans le fessonaute pour surveiller les prisonniers, ils sont notre garantie ! Allez, ouste ! au pas!

Alors, tel un défilé de carnaval, mais sans les rires et la joie, l'armée fessénienne titubante, se met en route vers la Doudounie.

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