Un peu plus loin, du côté des arbres habités, l'inquiétude a commencé à se répandre comme du lait qui bout en se sauvant d’une casserole vraiment trop brûlante. En effet, les parents de Totor, anxieux, ne le voyant pas revenir, sont vite allés signaler son retard inhabituel au roi. Dagobert et Zoé, occupés à leurs tâches, ne s’étaient pas aperçus de l'absence de leur petite fille, Poupie. En toute hâte, le Roi demande à tous les Doudouniens de chercher les deux amis dans tous les coins et recoins : autour du gros chêne, sous chaque arbre, dans la clairière, derrière les troncs, sous le grand saule et même sous l’arbre popo, le petit coin « toilettes » , mais même là, rien! Ils doivent bien convenir que les deux enfants ne sont pas revenus.
Alors, le roi Dagobert, ordonne illico presto une assemblée générale sous le marronnier qui sert de salle de réunion. Dagobert questionne alors les enfants déjà rentrés. Impressionnés, intimidés, mais surtout inquiets, ils répondent qu'ils sont sûrs de les avoir vus prendre la direction du petit chemin qui passe par le pont de bois.....
- Ensuite, reprend Mateu, on n’a pas fait attention, on a continué notre chemin comme d‘habitude! voilà, c'est tout !
- Bien! je vous remercie les enfants !… Maintenant, regagnez sagement vos arbres avec vos mamans !… et ne vous faites pas de souci, nous allons retrouver vos amis !
Sans plus tarder, Dagobert et tous les papas de la Doudounie décident de se mettre en route, à la recherche des deux petits disparus. Le visage crispé et grave, le roi s'engage sur le petit chemin, suivi de tous les hommes. A ses côtés, se tient Gaétan, le père de Totor, qui a emporté avec lui une grosse massue de bois. Derrière, les autres papas, silencieux et attentifs, scrutent chaque parcelle de feuillages et d’arbustes qui bordent le sentier. Mais au bout d'un quart d'heure de marche, rien, personne! Ils s'arrêtent alors un instant, vraiment découragés. C'est alors que Dagobert aperçoit au loin, comme une petite masse allongée sur le sol.
- Regardez !… là-bas !
- Vite ! Courons-y ! crie Gaétan.
D’un même élan, tous les papas se ruent vers la " chose " étendue à terre. Sur les cailloux du chemin gît le petit Totor. Son papa, se penche vers lui, le prend vite dans ses bras tout en lui caressant le visage.
- Il vit ! dit-il, on dirait qu'il dort !… Totor, mon petit, je t'en prie, réveille-toi !
Mais Totor ne bouge pas. Pendant ce temps, Dagobert demande qu'on cherche alentour un indice laissant espérer la présence de Poupie… Les papas fouillent, fouinent, déterrent chaque carré de l'endroit, tandis que Gaétan tente désespérément de réveiller son fils. Soudain, l'un des papas s'écrie :
- Là-bas ! regardez !… sur ce tronc… quelque chose !
Le roi, entouré de tous, s'en approche : sur l'écorce sont gravés des mots inconnus des Doudouniens qu'il se met à lire à haute voix, car il est le seul à savoir lire et écrire toutes les langues du monde.
- Nous détenons la fille de votre roi. Aucun mal ne lui sera fait si vous répondez à nos exigences. Votre roi devra rencontrer notre chef, à la tombée de la nuit devant ce tronc. Nous avons bien dit seul !… sinon la fillette aura des problèmes !… et c'est signé… les Fesséniens ! ! ajoute le roi en colère.
Abasourdis par cette révélation, pas un seul des papas ne soufflent mot comme pour bien réaliser cette terrible nouvelle : leur Poupie a bel et bien été enlevée par un peuple inconnu qui vit sur leur planète. Mais qui sont donc ces gens appelés Fesséniens ?
Sur le bord du chemin, Gaétan essaie toujours de réveiller son fils.
- Totor, mon enfant, je t'en prie, fais-moi un signe !
A ces mots, doucement, Totor ouvre les yeux et prononce ces paroles désordonnées :
- Poupie !... Vilain oiseau !… réveille-là… méchant Martinos !… Poupie !… Poupie !
- Pauvre Totor, il délire !… Il faut le ramener sous notre arbre et le soigner au plus vite !… Totor !… oh! Mon Boulejone! il s'est rendormi !
- Oui, ramenons-le, et sur place, nous le soignerons et tenterons de comprendre ce qu'il marmonne, cela nous aidera peut-être à retrouver Poupie ! ajoute le roi.
Au pays, dans la clairière placée au centre des arbres habités, les mamans et les enfants attendent calmement le retour des papas. Autour d'eux, se sont regroupés des tortues, des oiseaux, des lapins, des chats, des chiens, des ours, des singes, des vaches, des chèvres, des escargots, des éléphants, des abeilles, des coucous, car tous les animaux de la Doudounie sont les amis des enfants. Comme tout le monde, ils se font du souci pour Poupie et Totor. Toute l'assemblée est silencieuse et immobile. Seuls, quelques écureuils courent de ci, de là, ne pouvant s'empêcher de montrer leur impatience.
Bientôt, une libellule vient les prévenir de l'arrivée des papas en accomplissant des figures aériennes bien plus parlantes que des mots d’hommes. Alors, d’un bond, ils se lèvent tous et se précipitent vers le groupe mené par Gaétan portant tristement son fils.
- Totor ! mon petit !… Mon Boulejone! qui lui est-il arrivé ? s'écrie Rosabel, sa maman.
Zoé, la reine, quant à elle, ne voyant pas sa petite Poupie, laisse doucement s'échapper deux grosses larmes que Dagobert, son mari, vient recueillir dans le creux de sa main.
- Ne t'en fais pas, ma Zoé, nous allons tout faire pour retrouver notre enfant !… elle a été enlevée par un peuple appelé les Fesséniens, et je dois rencontrer leur chef à la tombée de la nuit… J'ignore ce qu'ils veulent en échange de notre Poupie, mais je te promets que nous la retrouverons saine et sauve !

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